Turner, Lever de soleil sur un lac

Turner, Lever de soleil sur un lac.

Ah, putain, qu’est ce que j’aime Turner.

 

 

On me demande de ne plus aimer celui que j’aime.

Comme ça, d’un coup, et je rajouterai sans autres formes de procès.

Il est loin mais je le vois devant mes yeux et je l’aime. Et je ne crois pas me rattacher à un quelconque passé ; non : là, maintenant, je l’aime.

Je dis « on » mais c’est lui qui me le demande. C’est lui qui me dit qu’il ne faut plus que je l’aime, que je l’oublie, et ça me tord l’estomac.

Après il me dit mais tu sais très bien que tu m’aimes moins, que tu as une baisse des sentiments toi aussi et je lui dis que non, que non parce que quand je le vois j’ai envie de lui dire que je l’aime, quand je suis allongée à côté de lui j’ai envie de lui dire que je l’aime, quand on marche côte à côte j’ai envie de lui dire que je l’aime, et puis je le regarde par en dessous et je me rappelle ce temps où ce n’était pas un tabou de se dire qu’on s’aimait, je le vois en photo et j’ai envie de lui dire que je l’aime, je le vois rire et j’ai envie de lui dire que je l’aime, je le prends dans mes bras, je le regarde, je n’en peux plus de le regarder et de le trouver aussi beau, aussi bien, aussi important pour moi.

Il s’est empêché tout seul de me dire qu’il m’aimait, mais je crois que c’est en disant qu’on aime une personne que ça se décuple, justement. C’est en donnant de l’amour qu’on aime encore plus.

Moi maintenant j’ai tout gagné parce que j’ai pas su me défendre, il me déteste. Il me déteste et je me dis que c’est pas possible, comment il fait pour me détester alors que moi je l’aime ? Comment c’est possible ? Et comment peut-on me détester ? Je ne crois pas avoir tous les attributs pour être une fille détestable, je ne le pense pas, parfois je me surprends même à penser que je suis quelqu’un de bien. Parfois. C’est de plus en plus rare.

Et en même temps je comprends, je suis rien qu’une pauvre conne qui ne sait pas l’aimer.

Et je lui en veux, je lui en veux de ne plus m’aimer, de ne plus se dire qu’il ne connaît pas tout, qu’il y a encore des choses à faire, à voir, à entendre, à apprendre, à lire, à discuter, à s’amuser, à rire.

Je lui en veux de ne plus y croire et de s’être refermé, tout doucement, subrepticement, que ça me tombe dessus comme une enclume et qu’en même temps c’est comme une couleuvre qui passe autour de ma gorge, qui serre qui serre qui serre.

Je suis un peu anesthésiée. Il m’arrive parfois de ne plus avoir de forces, c’est assez étrange, je suis là et puis je n’arrive plus à bouger, toutes mes forces s’en vont, je ne suis plus qu’une loque triste et amère. Et me mouvoir me paraît insurmontable.

Je suis tuée de l’intérieur et pourtant je trouve encore les ressources pour l’aimer. Si seulement je pouvais arrêter de l’aimer, si seulement… Si seulement c’était facile. Si seulement je pouvais être comme cette fille dont m’a parlé une amie hier, qui sait se détacher sans plus rien ressentir du jour au lendemain.

Il m’a dit mais il y en a des tonnes de couples qui se séparent chaque jour, c’est normal et j’avais envie de lui dire qu’il y en avait encore plus qui restait ensemble. Mais c’était un argument débile alors je lui ai dit que moi, MOI, je ne voulais pas être séparée. Tant mieux pour les autres couples, mais moi alors ?

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A propos takeaprettywalk

"Observer la rue, de temps en temps, peut être avec un souci un peu systématique. S'appliquer. Prendre son temps... Noter ce que l'on voit. Ce qui se passe de notable. Sait on voir ce qui est notable ? Y a-t-il quelque chose qui nous frappe ? Rien ne nous frappe. Nous ne savons pas voir. Il faut y aller plus doucement, presque bêtement. Se forcer à écrire ce qui n'a pas d'intérêt, ce qui est le plus évident, le plus commun, le plus terne...[...] Continuer jusqu'à ce que le lieu devienne improbable, jusqu'à ressentir, pendant un très bref instant, l'impression d'être dans une ville étrangère, ou mieux encore, jusqu'à ne plus comprendre ce qui se passe ou ce qui ne se passe pas, que le lieu tout entier devienne étranger, que l'on ne sache même plus que ça s'appelle une ville, une rue, des immeubles, des trottoirs."
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