(le titre est issu d’une pièce de théâtre que j’adore : Art, de Yasmina Reza)
Comme je vous le montrais à plusieurs reprises, j’aime l’art.
J’étais en classe de terminale, en cours de philosophie. C’était la fin de l’année et pris par le temps et le bac qui se rapprochait, notre professeur nous avait donné des photocopies de son cours au lieu de nous le dicter. Dans ses innombrables feuilles que j’ai dû éparpiller au gré des années, se trouvait un chapitre très intéressant : l’art.
Et, en première page de celui-ci, cette citation de Dostoïevski :
“La Beauté sauvera le monde.”
À chaque fois, ça m’achève.
Au fond, dans l’art, c’est ce que moi je recherche. La beauté.
C’est peut-être pour cela que j’ai autant de mal à m’intéresser à l’art contemporain, car à part un peu de fantaisie et les yeux qui rient devant tant d’audace, que peut-on trouver dans Fontaine, de Marcel Duchamp ? Une écrevisse sur le dos d’un téléphone, qu’apporte-t-elle au spectateur ? (Lobster telephone, Dali)
Hier, j’ai vu un superbe documentaire sur la restauration d’une des oeuvres majeures de Léonard de Vinci : La vierge, l’enfant Jésus et Sainte Anne. Je dis “oeuvre majeure” mais à vrai dire, je ne connaissais pas son existence avant cette émission. Et pourtant, Léonard de Vinci n’a peint que 16 oeuvres, dont 8 se trouvent au Louvre.
Comment vous dire, Léonard de Vinci, je ne le considère pas comme un de mes peintres majeurs. J’apprécie ce mystère qui entoure la Joconde, je m’émerveille des croquis du corps humain qu’il a pu esquisser, de toute cette perfection qu’il a pu voir dans le corps de l’Homme, je ne nie pas qu’il ait été un homme très polyvalent par ses nombreuses inventions. Toutefois, je n’arrivais pas à percevoir toute la beauté de ses tableaux ; cela me paraissait invariablement fade et très, très représentatif de la Renaissance : toujours dans la représentation de la Bible, beaucoup de portraits en buste, bref, tout ça était pour moi signe de profond ennui.
Il suffit d’un petit souffle pour faire voler en éclats tous mes préjugés.
Cette Sainte Anne, donc.

(j’ai peur de vous faire un bête inventaire de tout ce que j’ai appris dans le documentaire, mais après tout, le savoir, n’est-ce pas la transmission orale ou écrite d’un savoir lui-même appris d’autres personnes ?)
Ce tableau a donc été peint il y a 5 siècles de ça. Léonard de Vinci y a passé 20 ans, retouchant deci delà la peinture (la peinture à l’huile de l’époque mettant des années à sécher réellement).
Cette oeuvre est passée de mains en mains pendant cinq siècles. Il a subi de nombreux repeints (la peinture s’écaille au fur et à mesure des années ; pour que le tableau garde sa tête d’origine, on rebouche les trous avec de la peinture. Ces touches de peinture vieillissent mal et forment des tâches, qui elles-mêmes sont recouvertes par de la peinture etc… de manière à former des tâches jaunâtres sur la peinture, totalement inesthétiques), défigurant totalement la peinture d’origine. En plus de ces repeints, la Sainte Anne s’est vue être peinte d’innombrables couches de vernis pour “préserver” la couleur. Seulement, au fil des siècles, ce vernis a jauni, altérant totalement les réelles couleurs du tableau.
Il a donc été décidé, en 2009, de procéder à la restauration de la Sainte Anne (je vous passe les détails, vu que je ne suis pas spécialement experte en restauration…
).
En mars 2012, une nouvelle (ou plutôt, l’originale) Sainte Anne a vu le jour (pour que vous puissiez comparer : sur les côtés de la peinture ont été rajoutés aux alentours du XVIème siècle deux panneaux de bois assez minces. Sur la photo plus haut, on peut les voir : leurs couleurs étaient celles du tableau avant sa restauration).
C’est simple, ce qui m’a frappé, c’est la pureté de ces visages. Contrairement à la Joconde, la technique de sfumato (le fait d’estomper les traits du visage) y est remarquablement présente et donne à Sainte Anne et l’enfant Jésus une merveilleuse aura. Tout est doux dans ce tableau, non ?
Je vais m’arrêter d’écrire puisque je suis dans l’incapacité de commenter ce tableau. Je n’arrive pas à le percer, et tant mieux : je préfère m’arrêter à la simple beauté de cet ensemble.